Être de bon.ne.s allié.e.s pour la jeunesse

Depuis la fin septembre, le mouvement lycéen rend visible une parole politique qui vient de la jeunesse, qui émerge avec une grande rapidité et créativité !

Au printemps dernier, nous sommes intervenues au Parlement européen pour l’Union Nationale des MFR. Les pédagogues que nous y avons rencontrés citaient comme principal frein à leur travail le manque d’intérêt des jeunes pour les enjeux écologiques, sociaux et politiques. Dès lors, nous les invitions à voir au-delà de ce désintérêt apparent. Les jeunes ne se désintéressent pas du monde. Ils attendent que nous soyons capables de les entendre. La grande difficulté des adultes à faire une place réelle aux jeunes dans les instances démocratiques ne permet pas l’expression de leurs visions, besoins et revendications. Ainsi, la voix contestataire reste la seule possible pour faire vivre la promesse démocratique.

Comme l’affirme Maïlys Papeil1, « la participation citoyenne dépend pour partie de la place qu’elle laisse aux émotions politiques des jeunes (colère, peur, éco-anxiété) et de sa capacité à écouter et intégrer leurs voix dans la durée ». Être un.e bon.ne allié.e commence donc par un déplacement de posture.

Reconnaître l’adultisme

L’adultisme, la domination des adultes sur les enfants, s’inscrit dans un continuum d’hostilité ordinaire que chacun alimente à son insu. Presque tous, nous avons subi enfants une forme de discrimination, et nous risquons de la reproduire sans le savoir sur les générations suivantes.

La chercheuse Cécile Kovacshazy en tire une hypothèse forte : l’adultisme serait à l’origine des autres discriminations, puisque « une personne qui a été respectée dans l’enfance va ensuite forcément respecter » les personnes différentes d’elle. On peut débattre de cette thèse. Elle a au moins le mérite de nous poser une question : depuis quelle place parlons-nous aux jeunes, et leur reconnaissons-nous la même dignité qu’à n’importe quel citoyen ?

Entendre la colère comme une puissance démocratique

Aristote disait que l’incapacité à éprouver de la rage devant une injustice est une caractéristique de l’esclave2. C’est en miroir que la colère nous définit aussi comme citoyens.

De Black Lives Matter aux mobilisations sur le logement en Espagne, la colère est devenue un marqueur politique. Elle déborde et mobilise : des mobilisations spontanées, décentralisées, d’une extrême intensité, qui risquent, comme toute éruption, de rester sans lendemain.

Si la colère n’est pas un projet politique en soi, elle est une citoyenneté en acte, qui espérons, marquera le début d’un dialogue démocratique. À nous de décider si nous répondons à cette colère par le contrôle ou par l’écoute, lui reconnaissant toute sa légitimité d’existence. Pour cela, cessons de chercher « qui souffle les messages », avec la tentation de soupçonner une manipulation ou une récupération. Faisons alliance sans douter de la parole des jeunes.

Transformer la colère en parole politique et en actes

Les émotions des jeunes (colère, peur, anxiété, espoir) sont des signaux : elles disent ce qui compte pour eux et ce qu’ils jugent menacé ou injuste. Lorsqu’elles ne sont ni accueillies ni nommées, elles risquent de se transformer en repli, en sentiment d’impuissance ou en désengagement, et c’est souvent ce que l’on interprète à tort comme un « manque d’intérêt » pour la politique.

Un accompagnement bienveillant permet au contraire de passer de l’émotion brute à la compréhension de ce qu’elle exprime, puis à la formulation d’une position et de propositions. C’est ce travail qui fait d’une émotion personnelle une parole argumentée, capable d’être entendue dans les conseils de jeunes, les consultations ou les instances de participation. Soutenir cette traduction, c’est à la fois protéger la santé psychique des jeunes et nourrir la vitalité démocratique, en donnant une voix à celles et ceux qui vivront le plus longtemps avec les décisions d’aujourd’hui.

Ce que nous nous engageons à faire

Être allié.e.s, ce n’est ni parler à la place des jeunes, ni les encadrer, ni les devancer. C’est changer de posture. Nous proposons de :

  • Outiller la posture d’écoute des décideurs et des accompagnants.
  • Transmettre les clés pour faire une vraie place aux émotions politiques des jeunes, afin de les transformer en pouvoir d’agir.
  • Permettre aux adultes de faire eux-mêmes le chemin d’intégrer « le sentir » dans leur engagement, pour pouvoir le transmettre aux jeunes.

Pour cela, nous vous invitons à notre formation « Construire l’espoir pour des futurs désirables » des 17, 18 et 19 février 2027 à la Ruche à Aouste-sur-Sye (Drôme). Nous serons également heureuses d’échanger avec vous pour construire une proposition d’intervention sur mesure, à destination de votre public de jeunes ou pour vos équipes d’accompagnant.e.s.

Plus d’informations sur www.construirelespoir.org – contact@construirelespoir.org – 06 45 18 42 90

1Doctorante en science politique • Formation et facilitation en participation citoyenne | Dialogue jeunes–décideurs • Meaningful Youth Engagement | ODD 16-17

2 Du « Dies Irae » au printemps arabe : genèse politique du « Jour de colère » – France culture, 17 octobre 2026